Trois jours sans selles, le ventre gonflé et la crainte de prendre un produit inadapté : la constipation est fréquente pendant la grossesse, mais elle ne doit pas être banalisée. Je vous propose une approche simple pour soulager le transit, choisir une solution compatible avec la grossesse et reconnaître les situations qui nécessitent l’avis d’un médecin ou d’une sage-femme.
Les bons réflexes pour soulager la constipation enceinte
- Commencez par les habitudes quotidiennes avant d’envisager un médicament.
- Buvez régulièrement, avec un objectif d’environ 1,5 litre par jour sauf contre-indication.
- Augmentez progressivement les fibres jusqu’à 15 à 40 g par jour pour limiter les ballonnements.
- Les laxatifs de lest et osmotiques sont généralement privilégiés, mais seulement après conseil médical ou pharmaceutique.
- Évitez l’automédication avec le séné, l’aloès, la bourdaine et les laxatifs stimulants.
- Des douleurs fortes, des vomissements, de la fièvre ou l’absence de gaz imposent un avis médical rapide.

Pourquoi la constipation devient plus fréquente pendant la grossesse
La progestérone ralentit naturellement les mouvements de l’intestin. À cela s’ajoutent parfois la baisse d’activité physique, la pression de l’utérus en fin de grossesse, une hydratation insuffisante ou la prise de compléments de fer. Résultat : les selles avancent moins vite et deviennent souvent plus sèches.
On parle souvent de constipation lorsqu’il y a moins de trois selles par semaine, mais la fréquence ne suffit pas à poser un diagnostic. Une personne peut aller à la selle deux fois par semaine sans être réellement gênée. Ce qui compte surtout, c’est la sensation de blocage, les efforts importants, les douleurs, les ballonnements ou l’évacuation difficile.
Forcer régulièrement peut aussi favoriser les hémorroïdes, les fissures anales et l’inconfort du périnée. Je conseille donc d’agir dès que le transit change durablement, plutôt que d’attendre une constipation sévère.
Les mesures simples à essayer avant un médicament
Augmenter les fibres sans brusquer l’intestin
Les fibres présentes dans les légumes, les fruits, les légumineuses, l’avoine et les féculents complets augmentent le volume des selles et les rendent plus faciles à évacuer. L’objectif peut se situer entre 15 et 40 g de fibres par jour, mais l’augmentation doit être progressive, idéalement sur 8 à 10 jours.
Un changement trop rapide provoque souvent gaz et douleurs, ce qui donne l’impression que les fibres ne conviennent pas. En pratique, je préfère commencer par un fruit, quelques légumes supplémentaires et du pain semi-complet, puis introduire progressivement les lentilles, pois chiches ou haricots.
Boire régulièrement et bouger selon ses possibilités
Une hydratation régulière aide à éviter que le côlon ne réabsorbe trop d’eau. Sauf restriction donnée par le professionnel qui suit la grossesse, visez environ 1,5 litre de boissons par jour, en privilégiant l’eau et les bouillons peu salés.
Une marche douce, la natation ou une activité adaptée à la grossesse peuvent stimuler le transit. Il ne s’agit pas de faire du sport intensif, mais de conserver un mouvement quotidien si aucune contre-indication obstétricale ne l’interdit.
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Adopter une meilleure position aux toilettes
Ne retenez pas l’envie d’aller à la selle et essayez de vous installer à un moment calme, souvent après un repas. Un petit marchepied sous les pieds relève les genoux et facilite l’alignement du rectum, ce qui réduit les efforts de poussée.
Évitez de rester longtemps à pousser. Si la sensation de bouchon persiste malgré ces mesures, il vaut mieux demander conseil que multiplier les produits disponibles sans ordonnance.
Quel laxatif peut convenir enceinte
Lorsqu’un traitement devient nécessaire, le choix dépend de la durée de la constipation, de la consistance des selles, des autres médicaments pris et du trimestre de grossesse. L’Assurance Maladie recommande de ne pas prendre de laxatif sans en parler à un médecin ou à une sage-femme, car certains produits peuvent provoquer des contractions ou des effets indésirables.
| Type de laxatif | Exemples | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|---|
| Laxatifs de lest | Psyllium, ispaghul, sterculia | Augmentent le volume des selles. Ils nécessitent une hydratation suffisante et une introduction progressive. |
| Laxatifs osmotiques | Macrogol, lactulose | Attirent l’eau dans l’intestin. L’effet apparaît souvent en 24 à 48 heures, avec parfois des ballonnements. |
| Laxatifs rectaux | Suppositoire ou microlavement | Peuvent être envisagés ponctuellement dans certaines constipations terminales, uniquement sur conseil professionnel. |
| Laxatifs stimulants | Bisacodyl, séné, picosulfate | Ne sont pas un premier choix pendant la grossesse et ne doivent pas être utilisés en automédication. |
Les laxatifs de lest et osmotiques sont généralement les options privilégiées, car leur action reste principalement digestive et leur absorption est faible ou négligeable selon la substance. Cela ne signifie pas qu’ils conviennent à tout le monde : le macrogol peut provoquer diarrhée et douleurs abdominales, tandis que le psyllium peut aggraver les ballonnements s’il est pris avec trop peu d’eau.
Le fer peut être en cause lorsque la constipation commence après sa mise en place. Ne l’arrêtez pas seule : le médecin ou la sage-femme pourra vérifier la dose, la forme prescrite ou proposer une adaptation. C’est souvent plus pertinent que d’ajouter simplement un laxatif.
Les produits à éviter et les erreurs fréquentes
Le mot « naturel » ne garantit pas la sécurité pendant la grossesse. Les plantes laxatives comme le séné, l’aloès ou la bourdaine stimulent fortement l’intestin et peuvent provoquer des crampes, de la diarrhée et une déshydratation. Je déconseille aussi les mélanges détox et les tisanes laxatives dont la composition ou le dosage sont parfois mal maîtrisés.
Prendre deux produits en même temps, doubler une dose parce que l’effet tarde ou utiliser un laxatif tous les jours sont d’autres erreurs classiques. Un laxatif osmotique agit rarement immédiatement : augmenter rapidement les prises expose surtout à une diarrhée et à une perte d’eau et de sels minéraux.
Les suppositoires et microlavements ne sont pas une solution universelle. Ils peuvent aider lorsque les selles sont bloquées dans le rectum, mais leur emploi doit rester ponctuel. Une constipation persistante malgré un traitement doit conduire à rechercher sa cause plutôt qu’à prolonger le produit.
Quand consulter rapidement pendant la grossesse
Une constipation isolée et modérée est généralement sans gravité, mais certains symptômes ne doivent pas être attribués automatiquement au transit. Demandez un avis médical si vous avez une douleur abdominale persistante, du sang dans les selles, de la fièvre, une distension importante du ventre ou une constipation qui ne s’améliore pas malgré les mesures adaptées.
Contactez rapidement les urgences, au 15 ou au 112, en cas de vomissements associés à des douleurs et à une impossibilité d’émettre des gaz. Pendant la grossesse, des contractions régulières, des saignements ou une perte de liquide nécessitent également un contact avec la maternité ou le professionnel qui assure votre suivi.
Le pharmacien peut aider à trier les options courantes, mais il doit connaître le terme de la grossesse, les traitements en cours et les symptômes associés. Cette précision évite notamment de confondre une constipation simple avec une situation nécessitant un examen.
Un transit plus confortable sans prise de risque inutile
La stratégie la plus raisonnable repose sur trois bases : boire suffisamment, augmenter progressivement les fibres et rester active lorsque la grossesse le permet. Si cela ne suffit pas, les solutions de lest ou osmotiques peuvent être envisagées avec un professionnel, en respectant la notice et la durée recommandée.
Mon conseil le plus important est de ne pas choisir un produit uniquement parce qu’il est vendu sans ordonnance ou présenté comme naturel. Pendant la grossesse, une question posée au pharmacien, au médecin ou à la sage-femme suffit souvent à trouver une aide efficace, mieux adaptée et plus sereine.
